ONLYOFFICE : la suite bureautique gratuite qui a branché Mistral, et ce qu’elle ne remplace pas
0 € pour Word, Excel, PowerPoint et PDF sur votre PC | Mistral branché sur mobile avec 10 $ de crédits offerts | 99 € par an économisés face à Microsoft 365
La limite a sauté en silence. Le 19 mai, la version 9.4 de Docs a supprimé le plafond de 20 connexions simultanées de l’édition Community, celle qu’on installe sur son propre serveur. Pendant des années, c’était la seule vraie barrière du gratuit. Elle n’existe plus.
Deux semaines plus tard, les applications mobiles ajoutaient Mistral comme fournisseur d’IA. Une suite bureautique open source qui branche le modèle français, sans abonnement : sur le papier, c’est l’alternative à Microsoft 365 qu’on attendait. Deux ou trois choses à savoir avant de désinstaller Word.
ONLYOFFICE, c’est quoi, et qui paie la facture
ONLYOFFICE est une suite bureautique complète : traitement de texte, tableur, présentations, éditeur PDF et formulaires. Elle existe en applications de bureau, en applications mobiles et en version web, hébergée chez soi ou chez l’éditeur.
Derrière, Ascensio System SIA, une société basée à Riga, en Lettonie. Le code est publié sous licence AGPL v3 (le dépôt des éditeurs de bureau affiche un peu plus de 5 400 étoiles sur GitHub).
Le modèle économique est simple. Les particuliers et les petites structures ont tout gratuitement. L’argent vient des entreprises qui veulent du support, de la haute disponibilité ou un cloud géré.
Le détail qui compte le plus, c’est le format. ONLYOFFICE travaille nativement en .docx, .xlsx et .pptx, là où LibreOffice pense d’abord en ODF. Pour quelqu’un qui échange des fichiers avec des clients sous Office, tout part de là.
ONLYOFFICE gratuit : ce que le gratuit contient vraiment
Sur un ordinateur, les applications de bureau sont gratuites sans limite de durée, de fonctions ou de nombre de documents. Pas de compte à créer pour travailler en local. Rien de bridé.
Le cloud, c’est une autre histoire. DocSpace, l’espace en ligne de l’éditeur, se paie dès que l’équipe grandit. Les prix relevés sur onlyoffice.com le 22 septembre :
| Formule | Prix | Ce qu’on obtient | Le hic |
|---|---|---|---|
| Applications de bureau et mobiles | 0 € | texte, tableur, présentations, PDF | aucune synchronisation fournie |
| DocSpace Startup | 0 € | 3 administrateurs, 12 salles, 2 Go | ni sauvegarde automatique ni SSO |
| DocSpace Business | 20 € par mois et par administrateur | 250 Go par administrateur, utilisateurs illimités | facturé par admin, pas par tête |
| Docs Community (auto-hébergé) | 0 € | éditeurs web complets, sans plafond de connexions depuis la 9.4 | serveur et maintenance à votre charge |
| Docs Enterprise (auto-hébergé) | à partir de 1 500 € | 50 connexions, support, licence 1 an ou à vie | paiement unique, pas mensuel |
Le gratuit décroche à un endroit précis. Dès que plus de trois personnes doivent administrer un espace partagé en ligne, ou que 2 Go ne suffisent plus, il faut payer ou héberger. Pour un indépendant qui travaille sur son PC et envoie ses fichiers par mail, ce jour n’arrive jamais.
Mistral dans ONLYOFFICE : l’IA qu’on branche soi-même
ONLYOFFICE ne vend pas d’IA. Les fonctions sont éteintes par défaut, et c’est vous qui choisissez le fournisseur : OpenAI, Anthropic, Gemini, Mistral, DeepSeek, Groq, xAI, OpenRouter. Ou un modèle qui tourne sur votre machine via Ollama ou LM Studio, sans clé du tout.
La version 9.4 des applications iOS et Android, publiée début juin, ajoute Mistral dans les éditeurs de texte et de tableur. Sur le bureau, le fournisseur était déjà proposé par le module IA. La nouveauté, c’est de l’avoir dans la poche.
Et c’est là que l’angle devient intéressant. Le plan gratuit de Mistral inclut 10 $ de crédits API par mois. Reformuler, résumer, analyser un tableau avec un modèle français depuis une suite gratuite : zéro carte bancaire. Le mode d’emploi de ces crédits est dans le guide Mistral gratuit, et les tarifs au-delà dans le guide de l’API Mistral.
Depuis la 9.3 de février, on peut aussi écrire ses propres consignes (« résume en cinq puces », « traduis en anglais des affaires ») et les épingler dans la barre d’outils. C’est la fonction que j’utiliserais le plus, bien avant le chat.
La limite est évidente : sans clé ni modèle local, il n’y a pas d’IA du tout. Rien à voir avec Copilot, intégré d’office dans Microsoft 365 (et facturé en conséquence). Pour le tout-local, le guide Ollama dit ce qui tourne selon votre carte graphique.
ONLYOFFICE ou LibreOffice : le match se joue sur le .docx
LibreOffice 26.8 est sorti le 26 août, en 120 langues, et a dépassé le million de téléchargements en une semaine. Et la Document Foundation a tranché : pas d’IA générative dans la suite.
Les deux ne visent pas le même utilisateur.
ONLYOFFICE reprend l’interface à rubans de Microsoft Office et ouvre les .docx et .xlsx de vos clients dans leur format d’origine, sans conversion. La coédition en temps réel est prévue dès la conception, et l’éditeur PDF est intégré.
LibreOffice a pour lui la profondeur. Base pour les bases de données, Draw pour le dessin vectoriel, des options de mise en page que Writer peaufine depuis vingt ans. ONLYOFFICE n’a aucun équivalent à Base, et ça ne viendra pas (ce n’est pas sa cible).
Mon avis est net. Si vos fichiers partent chez des gens qui utilisent Word, prenez ONLYOFFICE. Si vous travaillez seul, en ODF, avec des macros ou des bases locales, restez sur LibreOffice.
ONLYOFFICE sur Windows, Mac et Linux, et son éditeur PDF
La version courante est la 9.4.0, publiée le 19 mai. Elle couvre Windows (x64, x86 et ARM64), macOS (Intel et Apple Silicon) et Linux en .deb, .rpm, AppImage et archive, en x64 comme en ARM.
Prévoyez de la place. L’installeur Windows pèse 356 Mo, le .msi 587 Mo, l’AppImage Linux 596 Mo et l’image Mac pour Apple Silicon 517 Mo. C’est lourd pour une suite bureautique.
Mêmes éditeurs partout, aucune version appauvrie. Le lien officiel : onlyoffice.com.
L’éditeur PDF mérite un paragraphe à lui seul. Depuis février, il modifie le texte d’un PDF existant, masque des informations, suit l’historique des versions et ouvre les fichiers protégés par mot de passe. Les formulaires se signent par texte, dessin ou image, et la 9.4 ajoute un panneau d’envoi pour signature avec suivi du remplissage.
Pour qui paie Acrobat uniquement pour remplir et signer des formulaires, c’est une économie immédiate (Adobe ne sera pas ravi).
Verdict : pour qui ONLYOFFICE remplace Microsoft 365, pour qui non
Pour un indépendant ou une TPE, oui. Microsoft 365 Personnel coûte 99 € par an, Famille 129 €. ONLYOFFICE fait le même travail sur des .docx pour 0 €, avec un éditeur PDF en plus et l’IA de votre choix, Mistral compris.
Pour une équipe qui vit dans Outlook, Teams et OneDrive, non. ONLYOFFICE remplace les éditeurs, pas la messagerie ni la visio. Et un classeur Excel bourré de macros VBA ou de Power Query ne passera pas tel quel (testez vos trois fichiers les plus lourds avant de migrer quoi que ce soit).
Entre les deux, la structure qui veut garder ses documents chez elle a enfin Docs Community sans plafond de connexions. Ce qui manquait depuis des années.
Pour aller plus loin côté outils européens, le panorama de l’IA française fait le tri, et le classement des IA gratuites dit quoi brancher dans ONLYOFFICE.
Questions fréquentes
ONLYOFFICE est-il vraiment gratuit ?
Les applications de bureau et mobiles le sont, sans limite de durée ni de fonctions, y compris pour un usage professionnel. Le payant commence avec le cloud DocSpace au-delà de trois administrateurs, et avec les versions serveur accompagnées de support.
ONLYOFFICE ou LibreOffice, lequel choisir ?
La compatibilité avec Word tranche. ONLYOFFICE travaille nativement en .docx, .xlsx et .pptx ; LibreOffice est plus profond, avec Base et Draw, mais pense en ODF et refuse l’IA générative.
Comment utiliser Mistral dans ONLYOFFICE ?
Il faut une clé API Mistral, à coller dans les réglages IA de l’application. Le plan gratuit de Mistral inclut 10 $ de crédits par mois, largement assez pour reformuler et résumer des documents.
ONLYOFFICE fonctionne-t-il sur Mac et Linux ?
Oui, en 9.4 sur macOS Intel et Apple Silicon, et sur Linux en .deb, .rpm et AppImage. Comptez 500 à 600 Mo d’espace disque.
